mercredi 7 août 2013



Albert Chassaing, ouvrier chez Michelin, vit dans un village Auvergnat avec sa vieille mère, sa femme Suzanne et leur fils cadet Gilles. Leur aîné Henri est en Algérie. Nous sommes en 1961. Le 9 juillet. Le jour où la télévision doit être livrée dans la vieille ferme. Unité de lieu, unité de temps : un drame va se jouer.
Suzanne tente d’introduire un peu de la modernité de l’époque : la cuisine en formica, la machine à laver ; tout en arborant ses mises en plis et tallons aiguilles. Elle a noué un lien particulier avec Henri, qui n’a connu son père qu’à la fin de la guerre de 39. Pendant que Suzanne élevait seule leur enfant, Albert se battait au fort de la ligne Maginot. Il fait partie de ces soldats qui n’ont rien dit de leur guerre, perdue si vite, en proie aux railleries et vite effacés par les souffrances innommables des revenus des camps, et les faits de bravoure des résistants. Et c’est là que le drame prend sa source. Albert est un taiseux, à côté de la vie, à côté de la famille. Le chagrin, la peine, qui éclot en ce jour de juillet, va ouvrir les vannes des larmes, à l’insu de ceux qu’il aime, et va le conduire à se sacrifier pour que l’aîné revienne à Suzanne …
Ce drame se déroule sur une journée, celle où la télé arrive dans la maison avec les premières images de soldats d’Algérie, celle où le facteur prend un bain dans la rivière, celle où Gilles lit « Emilie Grandet » avec l’avidité des grands lecteurs, celle où Suzanne prépare un repas de famille pour sa belle-sœur et son beau-frère communistes et citadins, celle où Albert va se trouvé obligé de faire la toilette à sa mère impotente…
C’est un roman tout en finesse, ancré (encré ?!!!!) dans les années soixante que nous avons peu l’habitude de lire sous cet aspect : l’arrivée du progrès, le silence des anciens soldats, les traces indélébiles des guerres. De toutes les guerres. Car elles sont toutes immondes, surtout celles qui sont tues.

La nouvelle qui suit « L’imaginot ou essai sur un rêve en béton armé » poursuit en quelque sorte le roman puisque nous y retrouvons Gilles, et apporte des précisions sur ce qu’était ce fort Maginot méconnu et pour cause…

mardi 23 juillet 2013

"Comment j'ai appris à lire"


Comment résiste-t-on à l’apprentissage de la lecture ? Comment peut-on décoder, comprendre et intégrer le mécanisme de la lecture et même accéder au sens, sans lire pour autant ? Comment peut-on prendre la lecture comme lieu de résistance et d’opposition ?
C’est ce qu’Agnès Desarthe tente d’analyser pour elle-même : éclaircir cette  ombre qui occultait tous les livres de son enfance jusqu’à cette année d’hypokhâgne où une prof de philo va ouvrir une petite porte d’accès.

Evidemment ce livre fait particulièrement écho et je rejoins cette analyse: la résistance à la lecture est à l'oeuvre de bien des façons...Et l'approche analytique n'est pas le biais le moins intéressant loin de là! Apprendre à lire c'est grandir...lire c'est s'échapper...

Agnès Desarthe est écrivain et traductrice et c’est également par ce détour qu’elle nous convie à voir la lecture et l’écriture. Pour traduire un roman, il faut s’abstraire, se rendre vacant et cette vacuité nous fait accéder à l’écrit de l’autre. Agnès Desarthe évoque la traduction d’un roman de Virginia Woolf « La chambre de Jacob », concernant un passage où V.W. répétait quatre fois en trois lignes le mot « feuille ». Que faire de cette répétition ? Se plonger dans un dictionnaire de synonymes ? Interpréter? Parce qu'elle connait parfaitement le monde, l'imaginaire, l'état d'esprit, de V.W, elle produit un texte en français en laissant l'auteur initiale entrer dans sa langue maternelle et pénétrer ainsi sa propre écriture.
Ainsi, Agnès Desarthe cite Lily Briscoe, personnage de "La promenade au phare":
"Oui, songea-t-elle, reposant son pinceau, au comble de l'épuisement, j'ai eu ma vision."
Et A.D poursuit:
"Il est difficile de ne pas entendre la voix de Virginia Woolf derrière ce constat final: "J'ai eu ma vision.", c'est ce que l'écrivain-voyant qu'elle était se disait à chaque livre terminé, car elle procédait ainsi par révélations, par chocs visuels. J'ai donc décidé, afin de résoudre cette affaire de feuilles pléthoriques, d'oublier la phrase pour me tourner vers l'image, le tableau qui l'avait fait naître."
Quel joli lien avec Rimbaud!

Et pour lire, ne faut-il pas une certaine "vacance"?...accepter de se laisser entraîner dans un univers qui n'est pas le sien...se laisser happer...

Quant à l'écriture:
"Ecrire n'est pas un choix, c'est une nécessité, mais cela n'a jamais aidé personne à vivre, et surtout pas l'auteur lui-même."

Ouh... de quoi méditer!

lundi 22 juillet 2013

Nous sommes toutes des Apaches!

Bien que le titre évoque leur absence, ce n’est pas un roman sans hommes : il y a Boris, bien sûr, le mari qui trompe sa femme  avec «  Pause » -ainsi nommée par Mia, la femme trompée-, il y a Stefan le beau-frère suicidé secrètement amoureux, il y a Pete, le voisin violent au passé tourmenté, il y a Monsieur Personne, le correspondant inconnu… il y a même Freud,  Kierkegaard, Kant…et d’autres….
(dessin au trait de Suri HUSTVEDT )

Mais c’est un roman de femmes, c’est vrai ! Pour les femmes, c’est vrai aussi. Non pas que les hommes ne pourraient le lire, mais. 
(attention : deuxième degré! … sourire...)

Mia est abandonnée par son mari qui part avec son amoureuse après 30 ans de mariage.
Mia devient folle « psychose passagère », est internée (sic), hors d’elle (re  -sic) au propre comme au figuré. Quelques jours après,  revenant à elle, Mia part en location dans le village où sa vieille mère est pensionnaire de la maison de retraite. Elle va passer un été entre un groupe d’adolescentes qu’elle tente d’initier à l’écriture, un groupe de femmes âgées et néanmoins peu conventionnelles, une voisine fatiguée de sa vie de jeune mère…
Peu à peu elle reprend pied, et s’interroge (NOUS interroge) sur sa vie, la nôtre, le temps qui passe, l’amour, les relations mère/fille et fille/mère, les regrets, le temps qui reste…
Au détour de ces réflexions, Mia, à moins que ce ne soit Siri, évoque les regrets :
« Alice Wright, jolie, grandes dents appareillées,  était en train de lire quand j’arrivai et continua paisiblement jusqu’à ce que le cours commence. Lorsqu’elle referma son livre, je vis que c’était Jane Eyre  et je ressentis de l’envie, l’envie des premières découvertes. »
Peut-être est-ce parce que je me souviens très bien de l’élan confusément romantique qui me saisit à 12/13 ans quand je lus ce livre de Brontë, l’un des premiers empruntés à la bibliothèque familiale…cette phrase me touche !

Plus loin, Mia, à moins que ce ne soit ... Siri,précise le rôle de l'écriture et ses interférences avec le temps vécu:

"Rien ne peut plus redevenir comme avant, mais uniquement comme une incarnation ultérieure. Ce qui était autrefois l'avenir est maintenant le passé, mais le passé revient au présent à l'état de souvenir, il est ici et maintenant dans le temps de l'écriture. Une fois encore, je m'écris moi-même ailleurs. Rien n'empêche qu'il en soit ainsi, n'est-ce pas?"
La toute puissance de l'évocation trans-temporelle de l'écriture!

L'auteur décrit également avec beaucoup de talent les oeuvres brodées d'Abigaïl, résidant à la maison de retraite, oeuvres subversives, au sens caché,et où les délicats points de croix dévoilent derrière les paysages naïfs aux feuillages enchevêtrés, de vilaines petites filles armées de couteaux, ou de voluptueuses naïades à qui sait bien les voir...Tout comme elle décrivait d'ailleurs des oeuvres picturales imaginaires dans son roman "Tout ce que j'aimais", qui m'avait bouleversée. (En ai-je parlé ici?)

Siri HUSTVEDT n’est pas dénuée d’humour, j’ai beaucoup ri en lisant ce roman. Ce n’est pas un livre lourd, ennuyeux, plein de pathos. Non.  Tenez, les pages sur l’orgasme féminin par exemple, sont des petits bijoux ! En voici un extrait :
« En 1559, Colomb découvrit le clitoris (dudcedo amoris)- Realdo Colombo s’entend. Il y fit voile au cours d’un de ses voyages anatomiques, même si Gabriel Fallope lui disputa ce point, affirmant qu’il avait été le premier à voir le petit tertre. Permettez-moi de tracer une analogie entre les deux Colomb explorateurs, Christophe et Realdo. Distantes de moins d’un siècle, leurs découvertes, l’une d’un corps continental, la seconde d’une partie du corps,  pèchent l’une et l’autre par un orgueil familier, celui de la perspective hiérarchique. Dans le cas du nouveau monde, celui qui observe du haut de sa hauteur est un Européen. Dans le cas du clitoris, c’est un homme. »
Nous sommes toutes des Apaches !




samedi 6 juillet 2013

un peu de noir sous le soleil!

La muraille de lave
Arnaldur INDRIDASON


Erlendur n'est pas là. Absent du roman. 15 jours de vacances, d'isolement sur les terres de son enfance. On fera sans lui. 
C'est donc Sigurdur Oli qui mène l'enquête. 
Et elle le conduira au coeur d'une Islande où l'on emprunte pour pouvoir encore plus emprunter, où les banques s'enrichissent et magouillent dans un monde parallèle en plein centre de Reykjavik pour faire  fructifier  des capitaux incertains... 
De meurtres. De trahison. D'abandon. Il sera aussi question. 
Mais il me semble que ce roman interroge avant tout la vengeance. Celle-ci serait-elle plus supportable et donc moins condamnable -excusable en quelque sorte-  lorsque le crime initial est des plus odieux? Lorsque la justice ne fait pas ou mal son travail, alors des comptes se règlent. Mais sont-ils jamais réglés? 

Entre un journal quotidien quotidiennement subtilisé dans la boite aux lettres d'une amie de Gaga, le meurtre d'une libertine, la chute fatale d'un employé de banque, les passages à tabac des petites frappes au sortir du commissariat, et ce semi-clodo sale et seul qui serpente et s'approche de Sigurdur sans se livrer... Sigurdur veille...
L'aile visqueuse de la pédophilie n'est pas loin -comme souvent dans les romans d'Indridason- et aucun masque de cuir finalement ne l'efface....

Les premières lignes:
"Il avait attrapé au fond de son sac en plastique, le masque de confection grossière et imparfaite. Ce n'était pas un chef-d'oeuvre mais il ferait l'affaire."

La dernière ?
"Il avait les yeux mi-clos et le visage levé vers le ciel comme si, à son dernier souffle, il avait fixé les nuages dans l'attente d'une brève éclaircie, d'une trouée bleue et limpide." 
Et Erlendur n'est toujours pas revenu... 

dimanche 9 juin 2013

Zaü est venu!

Zaü (prononcé Za-u en 2 syllabes!) est illustrateur.  Zaü publie souvent aux éditions "Rue du Monde" avec son ami Alain Serres. Zaü est un voyageur, un ex-soixanthuitard, qui a parcouru la planète et a toujours vécu de son pinceau. Il nous explique, dessin à l'appui, comment ce nom lui est venu.  Zaü.
 Puis, il répond à chaque enfant, même s'il est un peu dur d'oreille! Il s'applique à expliquer le plus sérieusement et le plus honnêtement possible.
L'enfant le sait. 
L'enfant le sent et il écoute.
 Il écoute son parcours, son cheminement, ses doutes, ses certitudes, son envie de dessiner, de croquer... 
 ...l'Afrique, les droits de l'homme, la cuisine, la liberté, les enfants d'ailleurs...
Vient le moment où l'on s'installe autour d'une longue table, un pinceau à la main, un pot d'encre de chine à portée.... et une grande fresque prend vie...

...sous les mots de Zaü ...qui évoquent un pays où les crocodiles vivent sous les bananiers et où les enfants nus courent et jouent au bord des fleuves.


 Ce fut une belle rencontre....



Et elle résonne longtemps après,  même une fois le bonhomme parti, son pinceau en poils de martre dans la poche...

PS: Si l'on vous dit que Zaü illustre des "livrespourenfants"... c'est faux! Ce sont plutôt des "livrespourtousceuxquiaimentlireetouvrirlesyeuxbiengrands"!


jeudi 9 mai 2013

L'arsenic n'est pas le seul poison...



D’Anne B. RAGDE , écrivaine norvégienne,  nous connaissons la trilogie des Neshov(La Terre des mensonges, La Ferme des Neshov et L'Héritage impossible). Ces trois frères, que tout sépare, se retrouvent au chevet de leur mère agonisante. Tor, Margido et Erlend vont peu à peu découvrir un terrible secret qui leur sera révélé par celui qu'ils ont toujours considéré comme leur grand-père. Les certitudes s’estompent, les conflits surgissent et l’héritage de la ferme d’Anna est au cœur du problème : à qui doit-elle revenir ?



 Dans la tour d’Arsenic, c’est également au moment de la mort de la grand-mère de la première narratrice, que débute l’histoire et inévitablement il sera aussi question d’héritage, même si tous les objets  ont été soigneusement étiquetés au prénom de leur futur propriétaire.  La mort, l’héritage comme révélateurs des conflits familiaux larvés est un thème riche qui semble « titiller » Anne B. Ragde. D’ailleurs ce livre est une quasi biographie, elle s’est largement inspirée de sa propre vie et donc de sa mère, pour qui la lecture de ce livre n’a pas dû être facile !!!
A l’annonce de la mort de Malie, sa fille Ruby éclate de rire, un rire sonore, tonitruant, libérateur… Dès lors nous savons que ce livre sera plein de haine, de règlements de compte, de non-dits, de rancœur, … tout ce qui fait macérer cette famille depuis des décennies dans l’incompréhension la plus totale.
Malie-Thalia voulait être comédienne, sera chanteuse de cabaret et devra renoncer au rôle titre de l’ange bleu parce qu’elle est enceinte. Elle donnera naissance à Ruby , que jamais elle ne pourra aimer. Cette impossibilité d’amour rejaillira sur sa filiation comme un héritage empoisonné. De fille en femme de mère en fille… la blessure est trop profonde.  
Anne B Ragde sait nous parler des femmes : les fortes, les déterminées, les résistantes, les malmenées aussi… comme dans sa trilogie. Les hommes sont plus pâlots, mais on s’attache tout de même au grand-père qui n’a pas su protéger sa fille Ruby de la violence de sa mère, mais qui aime sa femme d’un amour inconditionnel et se réfugie dans la peinture sur porcelaine, exclusivement bleue, ce cobalt des fours à arsenic… d’où le titre.

« Le vent était chargé de neige et soufflait avec force. La mer était grise, une bourrasque de neige à l’horizon gommait la transition entre l’eau et le ciel. Des paquets d’écume se détachaient des vagues et volaient comme des oiseaux. Les oyats étaient couchés à terre.  Les toits de chaume pinçaient les maisons, les murs de pierre détrempés, noirs et raboteux, retenaient les granges. »

 L’histoire est dure et rude…4 petites lettres qui conviennent très bien à ce roman quel que soit leur ordre !

vendredi 3 mai 2013

"Entre ciel et terre" de Jon Kalman Stefansson


Existe-t-il des mots qui ont le pouvoir de changer le monde ?

Existe-t-il une poésie, si forte, si belle, qu’elle puisse vous emporter, vous absorber,  et vous faire oublier le plus vital : la vareuse qui vous sauvera du froid une fois embarqué pour la pêche sur les eaux glaciales bordant l’Islande ?

C’est ce qu’éprouve Bardur, pêcheur à la morue, à la lecture du poème épique « Paradis perdu » de John Milton. Ce poète anglais qui écrit : « Ce ne sont pas les lieux, c’est le cœur qu’on habite ». 
 Tout comme le givre, le froid, la morsure de la glace et les paquets de mer le transperceront , de même, les vers de Milton le traversent , le bouleversent pour le conduire  vers sa propre mort.
Il y a un siècle, une vareuse oubliée faisait la différence…
L’ami de Bardur - le gamin- rapportera le livre de poèmes au vieux capitaine aveugle. Et ce voyage difficile, métaphore du deuil, lui permettra de savoir s’il veut continuer à vivre.

Ce livre est une réflexion posée sur la vie, la disparition, le peu de temps dont nous disposons :
« Les gens vivent, ils ont leurs heures, leurs baisers, leurs rires, leurs étreintes, leurs mots doux, leurs joies et leurs peines, chaque vie constitue un univers qui s’effondre ensuite sur lui-même et ne laisse rien à l’exception de quelques objets rendus précieux et attrayants par la disparition de leur propriétaire, ils deviennent importants, parfois même sacrés, comme si des fragments de cette existence disparue s’étaient reportés sur la tasse de café, la scie, la brosse à dents, le cache-col. Mais tout finit par s’estomper, les souvenirs par s’effacer au bout du compte, toute chose trépasse. »
Si John Kalman Stefansson en appelle à la poésie de Milton, c’est la sienne qui m’a bouleversée à la lecture de ce roman, le premier traduit dans notre langue. La rudesse de la vie de ce peuple de pêcheurs affrontant le froid,  les sorties en mer plus périlleuses les unes que les autres, le dénuement, et puis cette poésie de l’instant, cette philosophie profonde, âpre :
« L’enfer, c’est d’être mort et de prendre conscience que vous n’avez pas accordé assez d’attention à la vie à l’époque où vous en aviez la possibilité. L’homme est d’ailleurs une drôle de mécanique qu’il soit vivant ou mort. Quand il est confronté à de grands drames, que sa vie est taillée en pièces, il convoque automatiquement sa mémoire et s’enfonce dans ses souvenirs comme un petit animal qui va se réfugier dans sa tanière. »
Le deuil, donc. Mais aussi l’amour, la découverte de l’autre :
« Helga fait un pas vers l’intérieur du couloir, elle se tient près de la porte, à côté du capitaine, regarde le gamin et lui dit bonjour, hé bien, tu as dormi. Il lâche la rampe qu’il rattrape aussitôt, acquiesce et renvoie le bonjour d’un hochement de tête. On peut en dire, des choses, d’un petit mouvement de la tête, les mots sont probablement surestimés, nous devrions peut-être jeter la plupart d’entre eux, nous contenter de hocher la tête, de siffler et fredonner »
Il est des rencontres pour lesquelles les mots sont superflus…
Mais Jon Kalman Stefansson évoque aussi la vieillesse, l’oubli et peut-être la disparition de l’amour :
« L’existence ne tarde pas à se figer dans le quotidien et le nombre de possibilités diminue avec chaque année qui s’écoule, d’immenses régions de l’esprit disparaissent ou se transforment en des sables de désert. »
C’est un livre fort, qui peut rappeler par certains aspects, Jorn Riel, notamment son roman « Le jour avant le lendemain » mais aussi « Le garçon qui voulait devenir un être humain ».
 Ce sont des écritures rudes, qui par le chemin de la poésie nous amènent à nous poser des questions essentielles sur l‘existence : que faisons-nous ici ? que reste-t-il après la mort ? le souvenir ? l’amour ? des sables de désert ?

« S’en vient le soir
 Qui pose sa capuche
 Emplis d’ombre
 Sur toute chose,
 Tombe le silence,
 Déjà se lovent
 La bête sur son lit d’humus
 L’oiseau dans son nid
 Pour le repos nocturne. »
Le paradis perdu, John Milton, cité page 45.